LA CRINIERE DU HURLEUR ROUX

LA CRINIERE DU HURLEUR ROUX

Un jour, le roi de la forêt, le jaguar autorisa le singe hurleur a porté une crinière, les autres félins s’en offusquèrent.
« Pourquoi lui accordes-tu ces faveurs »? dit le jaguarondi, moi qui suis un félin je n’en porte point.
N’en prends pas ombrage répondit le roi jaguar, c’est un bon serviteur et en quoi sa crinière te gène-t-elle ?
- C’est répondit le jaguarondi qu’elle pourrait porter à penser que nous sommes de la même espèce.
- Tu te trompes, dit le roi, la crinière ne fait pas le félin.

A quelques temps de là, le singe hurleur se présenta devant le jaguar.
-Roi, dit- il, peux- tu m’accorder une voix rauque semblable à celle des fauves ?
-Pourquoi formules- tu pareille requête, dit le jaguar supputerais –tu de me remplacer ?
-Non, ô grand roi dit le singe, c’est que je serai mieux entendu des autres sujets quand je transmets les ordres de votre majesté.
Sur ces dires le roi la lui accorda.

Cela déplut fortement à l’ocelot qui dit au roi :
Roi, monseigneur, pourquoi accordes –tu cette faveur au singe hurleur ?
-Moi qui suis un félin, je n’ai pas une telle voix ?
-Pourquoi t’inquiètes –tu dit le roi ?
-C’est que l’on pourrait le prendre pour l’un d’entre nous ?
Tu te trompes, dit le jaguar, la voix ne fait pas le félin.

Le puma arriva, un jour sans se faire annoncer, chez le roi.
Roi, dit-il, je demande à être entendu car l’affaire est des plus graves.
-Je t’écoute, dit le roi et j’espère que ta requête justifie une pareille intrusion.
-Voilà que j’ai appris de chat-tigre que le singe hurleur porte désormais une robe rousse semblable à la mienne et que de surcroît, il se fait appeler : le hurleur roux.
-C’est juste dit le jaguar, c’est moi qui lui est accordé ses faveurs, en quoi te déplaisent-elles ?
- C’est que dit le puma, on pourrait nous confondre et le prendre pour un félin.
-Tu te trompes dit le roi ; la robe ne fait pas le félin.
Macaque : le capucin se présenta aussi devant le roi.
-Que désires-tu Macaque ? : dit le roi
-Tu as ô grand roi, accordé au singe hurleur des faveurs telles, qu’il se prénomme maintenant : le hurleur roux.
-En quoi cela te déplaît-il ? dit le roi
-Il se prendra pour un félin et nous donnera la chasse, répondit le macaque.
-Tu te trompes dit le roi et d’ailleurs, je m’en vais vous le prouvez.
Le jaguar convoqua les singes et les félins. Le hurleur roux approcha sous les huées des invités.
-Du calme, dit le jaguar faisant taire l’assistance, approche hurleur roux et en disant cela, il lui lança un morceau de chair.
-Mange, dit-il.

Le hurleur roux craignant de déplaire au roi tenta d’avaler le morceau, mais il ne le put aussi le recracha-t’il avec dégoût.
-Pourquoi ne satisfais –tu pas ton roi dit le jaguar ?
C’est que majesté, je suis un singe et ma nourriture est faite essentiellement de feuilles et de fruits, répondit le hurleur roux sous les rires des autres félins et les quolibets des singes.
-Tu n’es donc pas un félin ? dit le jaguar.
-Je n’ai jamais eu cette prétention, dit le hurleur roux, je voulais seulement mieux servir mon roi.
Et le roi le laissa aller.

Patrick AGOT


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